Bonjour Arié Bensemhoun, cette semaine, vous souhaitez revenir sur l’évènement que vous avez organisé lundi soir en solidarité avec le peuple iranien.
Bonjour Ilana,
Lundi soir, à la Maison de la Chimie, s’est tenu un rassemblement historique, un moment de fraternité et de lucidité pour sceller un pacte de dignité entre la France et le peuple iranien.
Organisée en un temps record par Agir Ensemble et le collectif Femme Azadi, cette soirée fut un torrent d’émotions, de réflexions, mais surtout d'urgence. Nous avons réussi ce tour de force : réunir sur une même scène des mères endeuillées, des militants marqués dans leur chair, des artistes chantant leurs espoirs d’un Iran libre, et un prisonnier politique rescapé des geôles de Téhéran.
Avec eux, pour leur dire « nous sommes à vos côtés », une immense chaîne humaine de la conscience française. Des intellectuels et des artistes comme Raphaël Enthoven, Arthur, Rachel Khan, Philippe Lellouche ou Arié Elmaleh. Des voix fortes comme celles de Paul Amar, Jean Quatremer, Ferghane Azihari, ou Simon Moos.
Et surtout, un arc républicain impressionnant : Manuel Valls, Jean-Michel Blanquer, Noëlle Lenoir, Gabriel Attal, François-Xavier Bellamy, Constance Le Grip, Caroline Yadan, Isabelle Florennes, Jacqueline Eustache-Brinio, David Lisnard, Alexandra Martin, Francis Szpiner, Patrick Karam…
Tous, nous étions là pour une seule raison : porter la voix d’un peuple que les mollahs tentent d’étouffer par la terreur.
Arié, pourquoi ce rassemblement était-il vital ?
Parce que le silence est l’oxygène des dictatures, Ilana. Nous ne voulions pas faire partie de ceux qui se taisent pendant que l'histoire s’écrit en lettres de sang.
La République islamique d’Iran est une pathologie de l’Histoire. C’est une machine à broyer qui ne connaît aucune frontière. Ils ont semé la mort de Téhéran à Buenos Aires, de Damas, Beyrouth, Tel Aviv jusqu’au cœur de Paris. Partout où l'obscurantisme cherche un bras armé, on retrouve l'empreinte des mollahs.
Aujourd’hui, comment rester de marbre ? Ils ont transformé l’un des plus beaux pays du monde en un abattoir humain à ciel ouvert. Au moins 36 000 citoyens massacrés, des centaines de milliers de blessés, plus de 40 000 autres emprisonnés — autant dire pris en otages — en seulement 48 heures… Se rend-on vraiment compte de l’ampleur de cette frénésie meurtrière ? Nous parlons d’un crime contre l’humanité perpétré à huis clos, derrière le rideau de fer de la terreur.
Les Iraniens présents à Paris pour témoigner n'attendent plus nos larmes. Ils attendent notre courage. Ils sont venus nous hurler que l’heure des « mesurettes » est passée. On ne discute pas du prix de la corde avec son propre bourreau.
Il y a urgence. Urgence de briser les chaînes d'un peuple pris en otage depuis 47 ans par l'un des régimes les plus abominables de notre temps. Sa chute sera un pas immense vers la paix au Moyen-Orient et marquera le début du recul de l’influence des islamistes dans le monde.
Justement, que peut-on attendre de l’État français maintenant ?
Le droit international prévoit une « responsabilité de protéger ». C’est une obligation morale et juridique, un devoir de protection : quand un État massacre sa propre population, la communauté internationale à la responsabilité d’intervenir par tous les moyens nécessaires, y compris la force militaire.
Évidemment, compte tenu de l’insupportable marasme stratégique et moral dans lequel notre pays se débat, nous ne nous attendons pas à ce que la France devienne demain la pointe de l’épée qui frappera la République islamique – même si nous l’appelons de tous nos vœux.
Néanmoins, la France a su agir ces derniers mois. Elle a rétabli les sanctions onusiennes via le mécanisme du snapback sur le dossier nucléaire. Elle a, après toute l’Europe, désigné enfin les Gardiens de la Révolution comme organisation terroriste. C’est un pas, mais ce n’est qu’un début. Le bon sens et la gravité du moment nous commandent d’être au moins intraitables sur le plan diplomatique, c’est le strict minimum.
Il faut évacuer d'urgence nos otages libérés et notre personnel diplomatique de l’ambassade de France à Téhéran. Et ensuite, pour la liberté de l’Iran, pour la sécurité du Moyen-Orient, et pour la dignité de la France : Fermons l’ambassade des mollahs à Paris ! Expulsons ces agents du chaos qui polluent notre sol. Soutenons — ou à tout le moins, ne condamnons pas — toute intervention qui viserait à débarrasser le monde de cette théocratie sanguinaire.
Il est temps d’en finir, Ilana. La nuit n’a que trop duré. Espérons désormais une seule chose : que les porte-avions américains qui croisent au large des côtes iraniennes ne fassent pas demi-tour. Car là-bas, à Téhéran, il est temps qu’une aube nouvelle se lève.
Arié Bensemhoun