Bonjour Arié Bensemhoun, cette semaine, vous souhaitez évoquer le principal défi de l’après-guerre à Gaza.
Bonjour Ilana,
Comme à chaque cycle de violence entre le Hamas et Israël, la communauté internationale oscille entre indignation, urgence humanitaire et diplomatie incantatoire. S’ensuivent alors les conférences de donateurs, les plans de relance et les appels à la reprise d’un processus politique qui n’intéresse plus aucun des concernés.
Cette illusion de mouvement cache en réalité un surplace mortel. On fait tout pour éviter l’impasse qui fâche, la vérité qui dérange : celle que rien n’est possible tant que la société palestinienne restera structurée autour du fantasme de l’éradication d’Israël.
Pour les Israéliens, la razzia génocidaire du 7 octobre 2023 a agi comme l’ultime électrochoc. La stratégie qui consistait à « contenir » le danger est morte dans le fracas des massacres. Il n’est plus question pour l’État juif de tolérer à ses portes des entités terroristes dont la seule raison d’être est son extermination.
Le Hamas, plus qu’une milice armée, est une idéologie totalitaire qui a créé un écosystème mental complet pour gouverner, recruter et se régénérer. Si le désarmement des organisations terroristes palestiniennes et la démilitarisation de Gaza constituent deux impératifs sécuritaires, seule la déradicalisation des esprits garantira la paix. Car tant que le terreau doctrinal du 7 octobre restera fertile, la menace ne cessera de renaître.
Arié, comment jugez-vous les analyses faites aujourd’hui sur l’avenir de Gaza ?
Les diagnostics faits sont dangereux, Ilana.
On ne referme pas une fracture morale et civilisationnelle à coups de grues et de milliards de dollars. L’idée qu’il suffirait d’apporter la prospérité pour qu’une société oublie sa matrice haineuse est une chimère. L’Histoire rit au nez de ceux qui le pensent : des sociétés très développées ont porté les idéologies les plus destructrices lorsqu’elles étaient infusées dès le berceau.
Le drame de Gaza est d’abord ontologique. Sous l’impulsion du Hamas, le « martyre » est devenu la clé de voûte de la hiérarchie morale. Cette culture a métastasé partout : dans les écoles, les mosquées, les médias. En sacralisant la mort, ils ont fait de la guerre un marqueur identitaire, transformant le conflit en un horizon indépassable où tout compromis est perçu comme une apostasie.
Alors, bien sûr qu’il faut fournir de l’aide humanitaire, rebâtir des immeubles, rouvrir les écoles et rétablir l’eau et l’électricité. Mais si ce processus ne s’accompagne pas d’une transformation radicale des imaginaires, nous ne ferons que financer leur prochaine guerre.