France

    Horizon 2027 : l’absence de débat stratégique, chronique d'Arié Bensemhoun

    4 minutes
    16 avril 2026

    ParGabriel Attal

    Horizon 2027 : l’absence de débat stratégique, chronique d'Arié Bensemhoun
    Le directeur du think tank Elnet France, Arié Bensemhoun

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    Bonjour Arié Bensemhoun, cette semaine, vous souhaitez tirer la sonnette d’alarme concernant l’état du débat stratégique en France. 

    Bonjour Ilana, 

    A un an du premier tour de l’élection présidentielle de 2027, alors que le monde brûle, que la guerre fait rage en Iran, en Ukraine, au Liban, et que l'Internationale des Tyrannies se renforce chaque année davantage, le débat politique français s'illustre par une inculture géopolitique indigne du rang de notre pays.

    Face au séisme que représente la guerre contre la République islamique d’Iran, les prétendants au pouvoir suprême sont loin d’agir en stratèges ou en garants des intérêts de la Nation. 

    L'extrême gauche s'enferme dans un anti-américanisme pavlovien qui va jusqu'à invisibiliser la nature totalitaire et sanguinaire du régime de Téhéran. Socialistes et écologistes se complaisent dans un angélisme pénal, s'imaginant pouvoir neutraliser une puissance balistique et potentiellement nucléaire par la seule voie de la justice internationale. Le bloc gouvernemental, lui, refuse d'assumer la rudesse du conflit pour ménager l'opinion et réduit la crise à une gestion comptable de l'inflation sous couvert d'appels à la « désescalade ». Quant au RN, il affiche une intransigeance envers l'Iran qui peine à masquer ses affinités historiques avec d'autres puissances anti-occidentales alliées des mollahs.

    Il est temps d'expliquer aux Français que les conséquences économiques qu'ils subissent – la hausse du prix de l'essence, l'inflation, les pénuries – trouvent leur origine dans des décennies d'abdication géopolitique face à des acteurs hostiles. On traite les symptômes, sans jamais nommer le mal et le combattre.

    Arié, à quoi est dû cela selon vous ? 

    C’est en grande partie lié à nos institutions, qui font des affaires étrangères et de la défense un « domaine réservé » du Président la République. Cette prérogative a progressivement vidé les institutions parlementaires de toute substance sur les sujets internationaux, concentrant le pouvoir décisionnel dans le secret du huis clos élyséen. Et les conséquences sont terribles.

    D’abord, cela génère l’irresponsabilité générale d’une classe politique qui, n’ayant aucune influence réelle sur les questions militaires, se désintéresse de la complexité des affaires du monde. Aucun parti ne forme sérieusement ses cadres à la prospective géopolitique – et cela se voit. 

    Ensuite, il y a le fonctionnement en silo de l’administration. Le monopole présidentiel empêche toute pensée transversale capable d’intégrer conjointement les enjeux diplomatiques, militaires et géoéconomiques. 

    Enfin, et c’est le plus grave, la déconnexion totale de la Nation face à la violence du monde. Tenus à l’écart des prises de décision, jamais confrontés à de vrais débats parlementaires sur la politique étrangère, les citoyens français subissent sans comprendre ce qui est en jeux.

    Cette déconnexion rend la société profondément candide, vulnérable à la propagande faussement pacifiste, et incapable de comprendre pourquoi certaines opérations militaires sont parfois non seulement nécessaires, mais moralement justes.

    Démocratiser la grande stratégie nationale est devenu indispensable pour forcer la classe politique à sortir de son aveuglement et à assumer ses responsabilités. 

    Au fond, Arié, ce que vous décrivez, c’est une France qui craint la force… 

    Absolument. Nous avons désappris à penser la guerre. La France, mais aussi toute l’Europe, se sont laissé narcotiser par l’illusion que le commerce international, les grands sommets mondiaux et les traités onusiens suffiraient à pacifier la condition humaine. 

    Même l’exemple russe n’aura pas suffi à nous réveiller. Les Européens ont cru pouvoir amadouer Vladimir Poutine par l’interdépendance économique – et ils ont échoué. 

    Les régimes totalitaires, qu'ils soient animés par un messianisme théocratique comme en Iran ou par un irrédentisme impérialiste comme en Russie ou en Chine, perçoivent cette réticence à employer la force non pas comme de la sagesse, mais comme un symptôme de décadence et de faiblesse extrême. Le totalitarisme ne s'arrête que là où il rencontre l'acier des armes et la détermination de dirigeants courageux.

    En ce sens, les opérations militaires américano-israéliennes sont venues nous rappeler que l’outil militaire demeure l’argument ultime du droit. En démantelant la machinerie de guerre d'un des pires régimes de notre époque, Américains et Israéliens n'ont fait qu'ouvrir la voie à une paix qu’un demi-siècle de concessions et de compromissions n’avait jamais permis d’effleurer.

    L'avenir de la France dépend désormais de sa capacité à réhabiliter l'idée que recourir à la force peut être juste et légitime. De retrouver le courage de nommer l'ennemi, de s’armer, et d'imposer, par elle-même, les conditions de sa liberté.

    Arié Bensemhoun