Israël

    Abraham in Tech, chronique d'Arié Bensemhoun

    4 minutes
    18 juin 2026

    ParGabriel Attal

    Abraham in Tech, chronique d'Arié Bensemhoun
    Le directeur du think tank Elnet France, Arié Bensemhoun

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    Bonjour Arié Bensemhoun, cette semaine, à l’occasion du salon VivaTech à Paris, vous souhaitez nous parler de votre initiative Abraham in Tech.

    Bonjour Ilana, 

    Observer le Moyen-Orient aujourd'hui exige de savoir naviguer au cœur d'un puissant paradoxe. Notre regard est quotidiennement capté par l'actualité des tensions, des crises et des affrontements. Pourtant, en parallèle, et de manière plus confidentielle, une tout autre dynamique se construit à grande vitesse. Loin du fracas des armes, des entrepreneurs collaborent, des fonds du Golfe soutiennent des startups israéliennes, des chercheurs marocains publient conjointement avec leurs homologues de Tel-Aviv. Deux mondes cohabitent ainsi au sein d'un même espace : l'un subit les crises, tandis que l'autre bâtit l'avenir.

    C'est précisément pour amplifier et fédérer cette seconde réalité que nous inaugurons, du 17 au 20 juin, l'initiative « Abraham in Tech », présentée pour la toute première fois à Paris à l'occasion de la 10e édition du salon VivaTech.

    Portée par ELNET, cette initiative s'affirme comme une véritable plateforme internationale de coopération technologique. Elle rassemble un écosystème unique composé de startups, d'investisseurs, de chercheurs et de décideurs publics venus du Moyen-Orient, d'Europe, d'Asie, d'Afrique et d'Amérique. Ensemble, ces acteurs unissent leurs forces autour de secteurs stratégiques majeurs tels que l'intelligence artificielle, la transition énergétique, la sécurité alimentaire, la gestion de l'eau ou encore les biotechnologies.

    À travers cette synergie globale, notre ambition est claire : transformer des collaborations régionales en réussites mondiales, et mettre l'innovation d'avant-garde au service des grands défis de notre siècle.

    Arié, pourquoi l’initiative Abraham in Tech est-elle si importante, et pourquoi maintenant ? 

    Parce que la carte du monde change sous nos yeux. 

    Pendant longtemps, le Moyen-Orient n'était perçu que comme un espace énergétique et sécuritaire. Mais sous l'impulsion des transformations technologiques et des Accords d'Abraham, signés il y a bientôt six ans, une nouvelle géographie de l'innovation émerge.

    Ces accords dépassent la simple reconnaissance diplomatique. Dès l'origine, ils appelaient à une coopération scientifique, technologique, sanitaire, énergétique et agricole. Cette dimension économique est cruciale, car aucune paix durable ne repose uniquement sur des décrets politiques. Elle exige des intérêts communs, des projets partagés, des réseaux humains et des bénéfices mutuels.

    Ce corridor, qui relie désormais l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique, repose sur des complémentarités concrètes. Israël apporte sa capacité unique à transformer la recherche en innovations de rupture. Les Émirats arabes unis offrent leur puissance financière et une agilité réglementaire inédite. Le Maroc s'affirme comme le hub stratégique entre l'Europe et l'Afrique. L'Europe y injecte son excellence scientifique et industrielle, tandis que l'Afrique, portée par sa jeunesse, y apporte son dynamisme et l'ampleur de ses défis.

    Ces forces dessinent un axe de coopération historique, et Abraham in Tech est là pour l'activer.

    Arié, face aux tensions, cette coopération est-elle vraiment solide ? Et quel rôle la France peut-elle y jouer ? 

    C'est la question légitime que tout le monde se pose. 

    La force de ces réseaux d'innovation réside précisément dans leur temporalité propre, qui échappe aux fluctuations des agendas politiques. Alors que les traités diplomatiques restent soumis aux rapports de force entre États, les relations d'affaires s'inscrivent dans la durée, en créant des interdépendances concrètes et des intérêts mutuels résilients. Un entrepreneur se concentre sur la viabilité d'une solution et l'accès à un marché bien avant de regarder un passeport. En favorisant ces convergences, les acteurs de terrain tissent des liens humains capables de résister aux tempêtes et de maintenir ouverts les canaux de dialogue.

    C'est là tout le sens de notre démarche « Tech for Peace ». 

    Les entrepreneurs ne remplacent pas les diplomates, et les startups ne signent pas de traités de paix. Mais en créant des relations de confiance, des interdépendances positives et des intérêts partagés, ils font de l'économie le meilleur rempart contre l'effondrement diplomatique.

    Quant à la France, elle a toute sa place dans cette dynamique. Elle possède des liens historiques, culturels et humains profonds avec l'ensemble de cet espace. Elle dispose d'atouts majeurs dans l'intelligence artificielle, la santé, les infrastructures ou l'énergie, et elle accueille, ici à Paris, l'un des événements tech les plus importants du monde. Cette nouvelle géographie de l'innovation est déjà en construction. La seule question, pour la France, est de savoir si elle choisit d'en être un acteur majeur ou une simple spectatrice.

    C'est le signal qu'Abraham in Tech envoie cette semaine depuis VivaTech : l'innovation peut être un langage commun. Et dans un monde qui manque cruellement de ponts, nous avons décidé d'en construire un.

    Arié Bensemhoun