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    La nouvelle lubie des sanctions contre Israël, chronique d'Arié Bensemhoun

    4 minutes
    14 mai 2026

    ParGabriel Attal

    La nouvelle lubie des sanctions contre Israël, chronique d'Arié Bensemhoun
    Le directeur du think tank Elnet France, Arié Bensemhoun

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    Bonjour Arié Bensemhoun, cette semaine, vous souhaitez revenir sur les sanctions européennes adoptées contre Israël. 

    Bonjour Ilana, 

    Ce 11 mai, les ministres des Affaires étrangères des vingt-sept pays de l’Union européenne ont décidé d’imposer des sanctions contre plusieurs organisations et individus israéliens sous le prétexte de « violence » en Judée-Samarie, tout en prenant soin, pour donner le change, d'y adjoindre quelques responsables du Hamas. 

    Comme si la justice israélienne n'était pas assez puissante et indépendante pour juger tout Israélien coupable de violences contre des Palestiniens. Et comme si mettre sur le même plan les membres d'une organisation terroriste et les citoyens d'un État démocratique, l'agresseur responsable du conflit en cours depuis deux ans et demi et la nation souveraine qui se défend, ne rendait pas la chose encore plus insupportable. Cette fausse symétrie morale, loin d’équilibrer la sanction, la rend obscène.

    Depuis plusieurs mois, une volonté croissante s'affirme en Europe de punir Israël pour punir Israël, de participer à sa diabolisation et à son isolement, indépendamment de la réalité, du bon sens et de nos propres intérêts à maintenir de bonnes relations avec un pays avec lequel nous partageons tant de choses. 

    Et dans cette dynamique punitive déraisonnée, la France est devenue, par la voix d'un président à l'impopularité record et d'un gouvernement sans légitimité populaire, la cheffe de file en Europe de l’hostilité contre l’État juif, seule démocratie du Moyen-Orient et continuellement agressé depuis 1948. 

    Devant l'Histoire, les voix qui dominent aujourd'hui dans notre pays sont celles de la couardise et de la complaisance face à un islamisme qui a fait de la cause palestinienne son cheval de Troie, quand elles devraient être celles du courage et de la responsabilité.

    Arié, qu’est-ce qui vous révolte le plus dans cette dynamique ? 

    Son hypocrisie – et le révisionnisme historique qu’elle recouvre, et qui nourrit chaque jour la haine et la violence contre les Juifs partout dans le monde.

    La France défend corps et âme sa souveraineté sur des territoires ultramarins situés à des milliers de kilomètres de la métropole. Alors de quel droit dénie-t-elle au peuple juif le droit de vivre sur sa terre ancestrale, contiguë à sa capitale, berceau de son identité nationale depuis plus de trois mille ans ? En quoi ce qui est valable pour la France ne le serait pas pour Israël ?

    Beugler à l'« occupation » ou à la « colonisation » de la Judée-Samarie, cela n’a aucun sens. Les Juifs y sont les autochtones. Ce sont eux qui ont été colonisés, conquis, expulsés – par les Assyriens, les Babyloniens, les Perses, les Grecs, les Romains, les Byzantins, les Arabes, les Ottomans. C'est une amnésie volontaire que notre diplomatie s'inflige, elle qui reconnaissait pourtant dès 1920 à la Conférence de San Remo la légitimité d’un foyer national pour le peuple Juif sur ces terres. Un peuple ne colonise pas son propre berceau – n'en déplaise à ceux qui utilisent le vocabulaire romain de « Palestine » précisément pour effacer cette histoire.

    Et puis il y a l'absurdité juridique. Les Accords d'Oslo de 1993 – que l'Autorité palestinienne bafoue chaque jour depuis leur signature, en finançant le terrorisme, en éduquant ses enfants à la haine des Juifs et d'Israël, en versant des salaires aux familles d'assassins – ne qualifient jamais la présence juive en Cisjordanie d'illégale. Au contraire, ils en font une question de négociation finale. C'est l'Europe qui a décidé unilatéralement de trancher cette question, contre Israël, sans négociation, sans réciprocité – et qui par conséquent rajoute de l’huile sur le feu. 

    Arié, au fond, que révèle cette hostilité persistante de la France et de l’Europe contre Israël ? 

    Un naufrage politique total, Ilana. 

    Une capitulation devant la pression islamique intérieure. Car ces sanctions sont tout le contraire d’une réflexion diplomatique ou stratégique. Elles ne sont que le produit cynique d’une arithmétique électorale de bas étage, qui sacrifie notre politique étrangère pour apaiser une minorité vociférante et radicalisée.

    Et le timing est dramatique. 

    Au moment où la République islamique d’Iran, qui s’est auto-déclarée l’ennemi d’Israël et de l’Occident, est à genoux, et au moment où une architecture de paix et de prospérité pourrait enfin émerger au Moyen-Orient autour des Accords d’Abraham, nos dirigeants choisissent de sanctionner notre allié naturel dans la région – au moment même où celui-ci est aux prises avec un ennemi qui retient nos intérêts économiques et énergétiques en otage. 

    C’est tragiquement stupide. C'est comme offrir une bouée à celui qui cherche à vous noyer et donner un coup de pied à celui qui nage pour vous sauver. Cela ne sert aucun intérêt européen, aucun intérêt français. Cela ne sert que les desseins obscurs de ceux qui veulent voir Israël détruit, et les démocraties vaincues. 

    Arié Bensemhoun