Bonjour Arié Bensemhoun, cette semaine, vous souhaitez dénoncer la complaisance de l’État français à l’égard du Hezbollah.
Bonjour Ilana,
Deux soldats français de la FINUL sont morts dans le Sud du Liban, tués dans une embuscade tendue par le Hezbollah le 18 avril dernier. Ce drame, l'État français doit le regarder en face, parce qu'il est le prix sanglant de sa couardise. De cette complaisance insupportable qu'il entretient depuis plus de quarante ans à l'égard de l'organisation terroriste chiite qui parasite le Liban.
À chaque attentat contre des soldats ou des civils français – le Drakkar, la rue de Rennes – l'État français s'est contenté de condamner du bout des lèvres, sans jamais rendre justice aux victimes. À chaque fois que le Hezbollah a entraîné tout le Liban dans ses guerres aux ambitions génocidaires contre Israël, Paris a sombré dans ses appels incantatoires à la « désescalade » – qui ne servent que les intérêts du Hezbollah et de la République islamique d'Iran.
Aujourd'hui, le rôle des soldats français de la FINUL a atteint le paroxysme de l'absurdité. Une mission onusienne désuète, censée aider une armée libanaise noyautée jusqu'à l'os par le Hezbollah à désarmer cette même organisation, et qui n'a jamais rien accompli sinon freiner les opérations israéliennes allant précisément dans ce sens. Nos soldats se retrouvent désormais pris pour cible au milieu d'un champ de bataille, sans pouvoir riposter. Et cela en devient tragiquement insoutenable…
Pourtant, Arié, nous vivons un moment qui pourrait être décisif pour en finir avec le Hezbollah…
Absolument. Pour la première fois, toutes les planètes sont alignées pour se débarrasser du Hezbollah.
L’organisation a été humiliée, saignée à blanc par Israël. Son parrain iranien, lui, l’est tout autant. Privé de son commandement centralisé et d’un flux financier ininterrompu depuis l’Iran, le Hezbollah voit sa capacité à soutenir une guerre d’usure drastiquement amputée. La Syrie, qui servait de corridor logistique entre Téhéran et Beyrouth, est désormais verrouillée. Le nouveau gouvernement de Damas endigue les transferts d'armes et isole la milice, aussi bien géographiquement que logistiquement.
Et surtout, le Liban lui-même a changé. Jamais la société libanaise n'a été aussi unanime dans son rejet du Hezbollah, toutes communautés confondues, y compris une large partie de la communauté chiite, qui a payé le prix le plus lourd de ses aventures guerrières. La population du Sud veut rentrer chez elle. Elle veut reconstruire. Elle veut un État qui la protège, pas une milice qui la prend en otage. Et jamais un gouvernement libanais ne s'est autant activé pour reconstituer la souveraineté du pays et le monopole des armes sur son territoire. Cette fermeté offre à la communauté internationale une légitimité et une base juridique pour agir.
Arié, concrètement, que peut et que doit faire la France ?
Elle doit agir sur trois fronts simultanément, et sans attendre.
Car maintenir le statu quo actuel, dont seul le Hezbollah se satisfait, achève de ruiner le peu de crédibilité qu'il reste à notre pays au Levant. La France est déjà exclue des négociations de paix entre Israël et le Liban. Sa voix s'érode à chaque déclaration hors-sol. Il y a urgence à retrouver le chemin du bon sens.
Premièrement, la France doit classifier l’intégralité du Hezbollah comme organisation terroriste. Assez de vouloir distinguer les branches militaire et politique. C’est la même organisation, le même commandement, le même bailleur iranien. La France doit aligner sa position sur celle des États-Unis, de l'Allemagne, du Royaume-Uni, et surtout sur celle du gouvernement libanais lui-même. Quand Beyrouth demande à la communauté internationale de traiter le Hezbollah pour ce qu'il est, refuser de le faire, c’est être complice.
Deuxièmement, la France doit peser de tout son poids dans cette transition. Elle doit mettre ses moyens de renseignement et de surveillance au service du gouvernement libanais, fournir un appui logistique direct à l'armée nationale, sanctionner les acteurs politiques libanais qui continuent d'offrir une couverture institutionnelle à la milice, et conditionner toute assistance financière au Liban à des progrès concrets et vérifiables sur le désarmement.
Enfin, troisièmement, la France doit impérativement travailler de concert avec ses partenaires de la région. Elle doit assumer une coalition anti-Hezbollah avec Israël, les États-Unis, la Syrie pour accompagner ce désarmement afin de restaurer la souveraineté libanaise. Aucun État ne peut désarmer seul une milice qui possède plus d'armes que son armée régulière.
Ilana, l’instant est décisif. Deux soldats français ont été tués. Le Liban réclame sa liberté. Israël se bat pour sa sécurité. L’Histoire offre à la France – elle qui se rêve encore en protectrice du Liban – l’occasion unique de réparer quatre décennies d’errements. Désormais, il n’y a plus d'excuses pour fuir nos responsabilités et ne pas rejoindre ce front commun contre le Hezbollah.
Arié Bensemhoun