Bonjour Arié Bensemhoun, cette semaine, vous souhaitez répondre à ceux qui parlent déjà d’enlisement dans la guerre contre la République islamique d’Iran.
Bonjour Ilana,
Deux semaines après le début des opérations israélo-américaines et certaines voix s’élèvent déjà pour oser le mot d’« enlisement ».
Soyons clairs d'emblée : cette grille de lecture est illusoire et dangereuse. La guerre contre la République islamique d’Iran ne peut, et ne doit en aucun cas, être jaugée à l’aune de notre impatience médiatique.
Nous affrontons un régime théocratique solidement enraciné. L'Iran n'est pas une milice isolée ; c’est une nation de 90 millions d’habitants, trois fois plus vaste que la France, qui se prépare depuis plus de quarante ans à cette confrontation directe avec Israël et les États-Unis. Espérer un effondrement du régime en 15 jours relève d’une grave illusion stratégique.
Arié, pourquoi vous réfutez cette idée d’un « enlisement » ?
Une guerre de cette envergure est, par essence, progressive et cumulative. Parler d’enlisement à un stade aussi précoce n’a aucun sens. C’est confondre la vitesse d'exécution tactique avec la profondeur vertigineuse des transformations politiques visées.
Regardons les faits : les résultats opérationnels obtenus en si peu de temps sont absolument massifs. Israël et les États-Unis ont d'ores et déjà anéanti les trois quarts des lanceurs de missiles iraniens. Ils ont réduit de plus de 90% la capacité de nuisance balistique et les attaques de drones.
Cette campagne de bombardements systématiques ne se contente pas de victoires symboliques. Elle vide, jour après jour, l'industrie militaire iranienne de sa substance, et détruit les infrastructures qui rendaient ce régime si redoutable.
Face à cela et conscient de son infériorité militaire écrasante, Téhéran cherche logiquement à transformer ce conflit en une vaste guerre d'attrition.
Les mollahs espèrent déplacer le champ de bataille vers les enjeux énergétiques. Contrairement au Hamas, qui misait cyniquement sur la sensibilité occidentale face aux pertes civiles, l’Iran cible notre vulnérabilité économique face à l’inflation et à la flambée des prix de l’énergie.
Arié, et c’est bien pour ça que la situation du détroit d’Ormuz concerne tout le monde…
Absolument.
La situation du détroit d’Ormuz, comme celui de Bab el-Mandeb, représente une urgence planétaire. Ces verrous maritimes sont devenus des armes stratégiques entre les mains de régimes hostiles à l’Occident. Pour protéger nos économies de tout chantage futur, il faut saisir l’opportunité de reprendre ces détroits par la force.
Néanmoins, bloquer Ormuz reste une arme à double tranchant pour les mollahs : priver une économie iranienne exsangue de ses dernières exportations plongerait le peuple dans une misère absolue, catalysant l'explosion sociale d'une population déjà exsangue.
Aujourd’hui, la République islamique n'est plus qu'un « cadavre debout ». C'est une structure sclérosée qui ne tient que par l’inertie et l’adrénaline de la guerre. L’Histoire nous l'enseigne : aucun système, une fois privé de sa colonne vertébrale autoritaire et d’un commandement unifié, ne survit à long terme.
On observe déjà un divorce flagrant entre une diplomatie de façade – portée par un président qui tente désespérément de rassurer ses voisins jusqu’à s’excuser – et les actions isolées des Gardiens de la Révolution qui attaquent jusqu’à des pays neutres. Le pouvoir politique a perdu la main sur l’appareil militaire.
D’autant que le sort du nouveau Guide suprême reste un mystère…
Oui Ilana. Dans ce chaos intérieur, la figure de Mojtaba Khamenei n’est qu'un symbole de carton-pâte. Derrière ce théâtre d'ombres se cache un vide de légitimité abyssal. Si le régime est décapité, le corps bouge encore. Mais dès que la première fissure psychologique apparaîtra au sein de l'appareil d'État, l’effondrement systémique sera immédiat et brutal.
Pour autant, il est vital de comprendre que cette guerre n'est pas une simple partie d’échec. Les mollahs, portés par la conviction d'accomplir une mission divine, n'abandonneront pas tant qu'il leur restera un seul pion sur l'échiquier. Et l’attitude des Européens, qui tentent de freiner les opérations, ne fait que prolonger la guerre en renforçant l’obstination d’un régime à l’agonie.
S’il faut mettre à feu et à sang la région, massacrer les Iraniens contestataires jusqu’au dernier, ou détruire l’économie mondiale pour survivre, les mollahs n'hésiteront pas une seule seconde. Dès lors, se contenter d'un Iran partiellement affaibli, capable de se reconstruire demain, plus déterminé que jamais, serait d'une irresponsabilité coupable.
Aller au bout des choses implique un triptyque clair : achever la destruction de ce programme nucléaire qui menace le monde, démanteler totalement les capacités militaires du régime, et créer les conditions irréversibles de sa chute. Accepter courageusement le risque inhérent à une instabilité à court terme n'est pas un choix ; c'est l'unique moyen de libérer définitivement la région de sa principale source de chaos.
Arié Bensemhoun