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    L’acte final de l’axe chiite, chronique d'Arié Bensemhoun

    4 minutes
    5 mars 2026

    ParGabriel Attal

    L’acte final de l’axe chiite, chronique d'Arié Bensemhoun
    Le directeur du think tank Elnet France, Arié Bensemhoun

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    Bonjour Arié Bensemhoun, cette semaine, vous souhaitez évoquer la guerre contre l’Iran.

    Bonjour Rudy, 

    L’inévitable s’est produit. Après des semaines de négociations vouées à l’échec, Israël et les États-Unis ont lancé, le 28 février, une offensive d'envergure contre la République islamique d’Iran.

    Les hostilités ont débuté par des frappes de décapitation visant le sommet de l'État, avec notamment l'élimination du Guide suprême Ali Khamenei. S’en est suivie une campagne militaire massive visant l'appareil répressif, les infrastructures stratégiques et l'arsenal du régime.

    Face à cela, et comme on pouvait s’y attendre, l’Iran a opté pour la stratégie du chaos et de l’embrasement régional. Téhéran a immédiatement pris pour cible plus d’une dizaine de pays dans la région, y compris des acteurs neutres comme Oman – qui lui servait jusqu’ici de médiateur – ou encore Chypre, membre de l’Union européenne.

    Dans cette logique d’escalade, le régime cherche à déstabiliser l’économie mondiale en fermant le détroit d’Ormuz et en pilonnant les infrastructures énergétiques. Parallèlement, les mollahs poursuivent leur stratégie de terrorisme d’État pour répandre la terreur, frappant délibérément des civils dans des zones résidentielles, des aéroports ou des hôtels. 

    Sur le plan militaire, l’Iran, en plus d’activer ses proxys, a mis en place des structures décentralisées capables d’agir de manière semi-autonome. L'objectif est d’éviter que la perte de leur centre de commandement ne paralyse leur riposte. 

    En bombardant les pays arabes, les Gardiens de la Révolution espéraient sans doute provoquer un mouvement de panique et contraindre ces États à courber l’échine. Mais, pour l’heure, ils ont obtenu tout le contraire. Car pour la première fois de l’histoire, Juifs et Arabes font front commun contre cet axe chiite de la terreur.

    Arié, quel est l’élément central de ce conflit selon vous ?

    L'enjeu central de ce conflit repose sur une disparité de résilience au sein de la coalition.

    D'un côté, la société israélienne est historiquement préparée à la guerre. Elle est prête à payer un lourd tribut si cela signifie neutraliser définitivement la menace de la République islamique. De l'autre, les monarchies du Golfe, malgré leur immense richesse, ne possèdent ni les stocks, ni le moral, ni la préparation psychologique nécessaires pour soutenir une guerre d’usure.

    Cette vulnérabilité est le pivot de la stratégie de Téhéran. Le régime frappe davantage les pays arabes car il sait qu’il n’a pas la puissance militaire requise pour briser Israël. Il parie donc sur l’épuisement économique et sécuritaire de ses voisins sunnites qui, s'ils sont trop durement touchés, finiront par chercher une porte de sortie diplomatique auprès d’un Donald Trump, lui-même sous pression en cette année d’élections de mi-mandat.

    C’est pour cette raison que la guerre ne peut pas s’éterniser. Pour éviter que le régime des mollahs ne sorte vainqueur de cette course contre la montre, l'action militaire se doit d'être foudroyante.

    Et c’est ici que l’Europe doit entrer en scène. Dans ce conflit qui la concerne pleinement, elle doit – à défaut de mener des offensives en Iran – apporter un soutien défensif robuste à la coalition. En protégeant le ciel et les infrastructures de ses partenaires arabes, l'Europe défend sa propre sécurité énergétique et se replace diplomatiquement au cœur de la région. Soutenir une issue rapide et décisive est aujourd’hui le seul moyen de garantir une stabilité durable au Moyen-Orient.

    Arié, quels sont vos espoirs pour cette guerre ? 

    Il faut que cette guerre soit l’acte final de l’axe chiite. 

    L’heure n’est plus aux demi-mesures, aux compromis précaires ou aux résolutions onusiennes sans lendemain. Nous ne devons plus flancher face aux cris d’orfraie de ceux qui redoutent le changement. Chaque cessez-le-feu par le passé n’a été qu’une respiration offerte aux bourreaux pour se réarmer. Aujourd’hui, l’opportunité est historique : pour Israël, pour le Moyen-Orient et pour l’humanité, il s’agit d’extirper la racine du terrorisme islamiste mondial.

    Il faut aller jusqu’au bout. Briser les chaînes d’un peuple iranien otage de ses dirigeants depuis 47 ans. Sans intervention terrestre étrangère, nous devons créer les conditions permettant aux Iraniens de s’armer et de chasser les Gardiens de la Révolution, ville par ville.

    Dans le même temps, une désintégration systématique de l’axe chiite doit s'opérer sur tous les fronts. Il faut libérer le Liban, libérer le Yémen, libérer l’Irak. Il faut libérer toute la région de l’emprise mortifère de la République islamique et de ses métastases qui, en cinq décennies, auront causé près d’un million de morts. 

    Aujourd’hui, nous sommes les témoins privilégiés d’un grand moment d’histoire. C'est l'épreuve du feu pour les Accords d'Abraham. Face à l’ennemi commun, une solidarité régionale inédite se dessine. Cette guerre est le prix à payer pour voir émerger un Moyen-Orient apaisé, voué à la prospérité. Le temps est venu de fermer, définitivement et sans trembler, ce livre funeste dont la première page a été écrite dans le sang en 1979. 

    Gabriel Attal