Bonjour Arié Bensemhoun, cette semaine, vous souhaitez aborder l’hypothèse d’une intervention militaire pour faire tomber le régime des mollahs en Iran.
Bonjour Ilana,
Près d’un mois après le début du vaste mouvement de révolte qui secoue l’Iran et que le régime des mollahs réprime dans le sang, nous nous trouvons à un moment charnière.
Jamais depuis la Révolution islamique de 1979, le pouvoir iranien n’a été aussi fragile. Avec la désintégration progressive de son réseau de proxys régionaux, Téhéran se retrouve, pour la première fois, exposé, sans relais efficaces pour détourner l’attention ou encaisser les coups à sa place.
Pourtant, malgré le courage du peuple iranien, le régime tient toujours. Et sans le ralliement d’au moins une partie de l’armée régulière iranienne, combiné à une intervention militaire extérieure, il ne tombera pas de sitôt.
Si, le 14 janvier, une première intervention décidée par Donald Trump a été annulée au dernier moment car jugée insuffisamment décisive, les forces américaines continuent de converger vers le Moyen-Orient, et l’option militaire est plus que jamais sur la table.
Arié, à quel point une intervention militaire américaine en Iran est probable ?
Le président américain en personne a incité les Iraniens à poursuivre la révolte, annonçant que l’aide était en route. Un scénario dans lequel il ne se passerait finalement rien – au-delà de la trahison envers les manifestants – viendrait renforcer la rhétorique du régime des mollahs, selon laquelle Donald Trump serait responsable de leur mort. Ce serait une tache indélébile pour sa crédibilité, pour sa postérité et pour l’histoire des États-Unis, si le peuple iranien était ainsi abandonné après le sacrifice de dizaines de milliers de vies.
Cela étant dit, Donald Trump nous a prouvé que ses menaces étaient crédibles. L’élimination de Qassem Soleimani en 2020, les frappes contre les sites nucléaires de Fordo, Natanz et Ispahan en juin 2025, ou encore la capture de Nicolas Maduro en ce début d’année ont envoyé un message très clair : ses avertissements ne sont pas que des postures diplomatiques. Le Président américain a profondément modifié la grammaire de la force.
Si, ces derniers jours, l’envoyé américain Steve Witkoff a exigé de l’Iran la fin de l’enrichissement nucléaire, l’abandon des matières fissiles en sa possession, la réduction de ses stocks de missiles et la dissolution de son réseau de proxys, il paraît difficile d’imaginer à ce stade un accord sincère avec le régime des mollahs.
Dès alors, après les promesses de Donald Trump aux Iraniens, lui qui tient tant à se différencier d’un Barack Obama qui a manqué de fermeté sur le dossier iranien, une intervention militaire parait le plus probable.
Mais pour l’heure, les États-Unis ne disposent pas encore de forces suffisantes dans la région, après avoir réduit leur présence à la suite du cessez-le-feu à Gaza. Ils ont besoin de temps pour y redéployer des moyens supplémentaires, notamment en matière de défense antiaérienne.
Une fois fait, il existe plusieurs options allant de frappes limitées pour forcer le régime à négocier, à une campagne soutenue et prolongée pour cibler aussi bien l’appareil répressif, ainsi que les figures, infrastructures et armement du régime.
Quoi qu’il en soit, l’administration américaine ne veut pas d’un enlisement militaire comparable à ceux de l’Afghanistan ou de l’Irak. S’il devait y avoir une intervention, elle devrait être courte, puissante et décisive. Mais plus facile à dire qu’à faire…
Arié, que peut faire le régime des mollahs face à ses menaces ?
Pas grand-chose, Ilana.
Même si le régime dispose encore d’importants stocks de missiles, la marge de manœuvre de Téhéran n’a jamais été aussi étroite.
Historiquement, le régime a souvent brandi la menace de fermer le détroit d’Ormuz ou de frapper les bases américaines dans le Golfe. Aujourd’hui, ces options apparaissent comme des solutions de dernier recours, car elles entraineraient une escalade que les mollahs ne pourraient supporter.
Une attaque frontale contre les forces américaines, ou une nouvelle offensive de missiles contre Israël, pourrait précipiter une réponse conjointe dévastatrice, capable d’anéantir définitivement les structures du pouvoir iranien.
L’une des issues probables pourrait paradoxalement être interne. Les Gardiens de la Révolution, tentaculaires, contrôlant la force et une grande partie de l’économie, disposent de tous les leviers nécessaires pour orchestrer un coup d’État feutré, en poussant le Guide suprême vers la sortie au profit d’une figure plus pragmatique. Cela leur permettrait de négocier leur survie tout en offrant à Donald Trump la victoire politique qu’il recherche. On pourrait alors voir émerger un Iran plus nationaliste et militariste, mais moins dogmatique et religieux, qui travaillerait en coordination avec l’administration américaine, à l’image de ce qui se passe aujourd’hui au Venezuela.
Quoi qu’il en soit, dans ce grand moment de flottement, quelque chose devra aboutir. Les risques sont immenses, mais l’opportunité est historique. Les prochaines semaines seront décisives.
Arié Bensemhoun