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    Le crépuscule du régime des mollahs d’Iran, chronique d'Arié Bensemhoun

    4 minutes
    15 janvier 2026

    ParGabriel Attal

    Le crépuscule du régime des mollahs d’Iran, chronique d'Arié Bensemhoun
    Le directeur du think tank Elnet France, Arié Bensemhoun

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    Bonjour Arié Bensemhoun, cette semaine vous souhaitez revenir sur les manifestations en Iran et leur répression sanglante par le régime des mollahs.

    Bonjour Ilana,

    L’année 2026 pourrait bien marquer le crépuscule du régime des mollahs. Depuis plus de deux semaines, à travers tout le pays, les Iraniens se soulèvent au prix de leur vie pour en finir avec la tyrannie islamiste.

    Le peu d’images qui parviennent d’un Iran que le régime cherche à couper du monde sont glaçantes. Différentes sources font déjà état d’une dizaine de milliers de morts. Et pourtant, nous n’en sommes qu’au début. Depuis 1979, le régime s’est méthodiquement préparé à cette éventualité. Les Gardiens de la Révolution, qui se sont répandus dans toute la société comme un cancer, ne céderont pas sans combattre.

    Mais cette révolte, portée par des millions d’Iraniens de toutes origines sociales, est bien plus qu’une énième vague de contestation. Nous vivons aujourd’hui le cri d’une nation millénaire qui refuse de mourir étouffée sous le linceul d’une théocratie aux abois.

    Arié, comment expliquer cet embrassement populaire en Iran ?  

    Aujourd’hui, le peuple iranien est exsangue, prisonnier d’une République islamique engluée dans quatre crises majeures qui s’alimentent mutuellement et rendent l’explosion sociale inévitable.

    La première est économique. La société iranienne subit un appauvrissement massif et une dégradation continue de ses conditions de vie, conséquences directes d’un système oligarchique profondément corrompu. Le régime persiste à dilapider ses ressources pour financer son « Axe de la Résistance » et sa course à l’arme nucléaire, malgré les sanctions internationales. La réactivation, en septembre dernier, des sanctions onusiennes via le mécanisme du snapback n’a fait qu’aggraver une situation déjà dramatique.

    À cette crise s’ajoute un effondrement géopolitique et militaire. Depuis le 7 octobre 2023, le régime iranien n’a cessé de subir revers et humiliations contre Israël. Et diplomatiquement, le pays est de plus en plus isolé – ce que les nouveaux tarifs imposés par Donald Trump aux pays commerçant avec l’Iran ne tarderont pas à accentuer. 

    Troisième facteur important : la crise écologique. L’Iran figure parmi les pays les plus durement touchés par la sécheresse. L’été a été particulièrement éprouvant et, même si les manifestations actuelles venaient à être étouffées dans le sang, la contestation repartira avec force avec les pénuries d’eau. Cette crise est devenue un puissant catalyseur de colère sociale, unissant aussi bien l’ouvrier du Khouzistan que l’étudiante de Téhéran dans une même exigence de dignité. Sous embargo et miné par des décennies de mauvaise gestion, le régime est incapable d’y répondre, et cela ne cessera d’empirer.

    Enfin, le divorce entre la société iranienne et le pouvoir est consommé. Une jeunesse sécularisée, ouverte sur le monde, se heurte à un régime sanguinaire, fanatique et gérontocratique, prisonnier d’une vision religieuse d’un autre âge. Face à ce péril, le pouvoir n’a plus qu’un réflexe : tuer, arrêter, exécuter tous les contestataires. Mais cette violence n’est qu’une illusion de contrôle. Chaque mort, chaque arrestation fissure un peu plus un système sans avenir.

    Arié, que peut-on attendre désormais ? 

    La République islamique n’a plus aucune légitimité. C’est un État défaillant, incapable d’assurer ses fonctions vitales, qui ne survit plus que par l’usage de la force létale. Aujourd’hui, le pouvoir ne gouverne plus, il se défend ; l’État ne projette plus d’espoir ni d’avenir, mais s’arc-boute sur le présent pour retarder sa fin. Un régime qui n’est plus en mesure de fournir ni l'eau, ni l'électricité, ni le pain, ne peut plus exiger l'obéissance. 

    En ce sens, la victoire idéologique de la société iranienne est déjà acquise. Le rejet de l’islam politique est massif, profond et irréversible, tout comme le refus de continuer avec le régime actuel. Même si, à l’international, les diplomaties tergiversent, le vent de l’histoire a tourné.

    Enfin, pour Israël, la situation représente à la fois une opportunité historique de se débarrasser d’un ennemi mortel et un danger majeur. Le régime acculé et privé d’horizon, la situation nécessite prudence et coordination avec ses alliés, pour éviter que les mollahs soient tentés par une ultime fuite en avant, un « baroud d’honneur » contre un État juif érigé comme le mal absolu. Pour des fanatiques qui n’ont plus rien à perdre, la destruction pourrait être préférée à la reddition intérieure. 

    Quoi qu’il advienne, face à cette tragédie qui se joue à huis clos, notre soutien ne doit souffrir d’aucune ambiguïté. Le peuple iranien se bat pour une révolution civilisationnelle qui nous concerne pleinement.

    L’effondrement du régime des mollahs qui a semé la mort sur tous les continents s’inscrit dans une trajectoire historique inexorable. Le rideau tombe sur quarante-cinq ans de ténèbres. La seule incertitude qui doive hanter nos consciences est de savoir combien de vies innocentes ce géant d'argile écrasera encore dans sa chute avant que l'Iran ne redevienne une terre de lumière.

    Arié Bensemhoun