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    L’Europe face à l’illusion du droit international, chronique d'Arié Bensemhoun

    4 minutes
    8 janvier 2026

    ParGabriel Attal

    L’Europe face à l’illusion du droit international, chronique d'Arié Bensemhoun
    Le directeur du think tank Elnet France, Arié Bensemhoun

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    Bonjour Arié, heureux de vous retrouver pour cette nouvelle année de chronique et cette semaine, nous allons aborder la question du droit international dans le contexte de l’intervention américaine au Venezuela. 

    Bonjour Ilana, 

    Le plaisir de vous retrouver est partagé.

    Effectivement, le récent coup de Caracas et la capture de Nicolas Maduro, viennent nous rappeler une vérité qu’ici en Europe beaucoup veulent oublier : dans le concert des Nations, le droit international est devenu un fantasme qui finit par se fracasser sur le mur des réalités.

    Dès lors qu’il n’existe pas d’autorité supranationale disposant partout et toujours du monopole de la violence légitime – comme l’exerce un État à l’intérieur de ses frontières – les traités et conventions ne tiennent que par la volonté et la capacité des États à les faire respecter. Mais sans « police mondiale », quand les grandes puissances entrent en action, les textes internationaux restent bien souvent des chiffons de papier face à leurs intentions.

    En Europe, nous avons oublié que le droit international est avant tout la traduction d’un rapport de force, et qu’il s’est reposé longtemps sur une suprématie américaine capable d’encadrer les conflits, d’éviter certains excès et d’installer un statu quo relatif. Mais ce cadre-là a volé en éclat. Le statu quo, bien confortable, n’intéresse plus personne si ce n’est les vieilles puissances européennes déclinantes qui continuent à vivre dans le monde d’avant. 

    L’Amérique de Donald Trump ne veut plus jouer le protecteur de l’Europe et le « gendarme » du monde contre ses propres intérêts. Et quand la puissance hégémonique change de posture, les protections juridiques et l’impunité dont jouissent les dictateurs et les régimes tyranniques, deviennent précaires.
    D’autant, Arié, que les institutions internationales se révèlent incapables de garantir le respect des règles internationales…  

    Absolument. 

    Les institutions internationales, et notamment les Nations unies, supposées incarner l’ordre mondial d’après-guerre et encadrer les relations internationales, se sont délitées à mesure que des États illibéraux, voire dictatoriaux, en ont pris le contrôle par le nombre et l’influence. 

    Aujourd’hui, comment l’ONU peut-elle encore être respectable lorsque siègent au Conseil de sécurité la Chine, qui commet un génocide contre les Ouïghours, ou la Russie, qui a successivement envahi la Tchétchénie, la Géorgie et l’Ukraine, tout en faisant des civils une cible assumée de sa stratégie de guerre ? Ce délitement institutionnel et cette perte de boussole morale anéantissent l’idée même d’un droit international, universel et impartial.

    Et dans ce désordre mondial qui s’accélère, les pays européens qui ont oublié la brutale réalité du monde, se retrouvent paralysés par l’Histoire qui se joue désormais sans eux, si ce n’est contre eux. A défaut de réagir face au péril qui les guette, ils persistent dans leur fantasme que le droit international seul servira à les protéger alors que plus personne ne le respecte et dont les dictateurs se servent pour s’assurer une illusoire immunité.

    Emmanuel Macron lui même, a bafoué les règles et les principes du Droit lors de la reconnaissance sans conditions d’un État palestinien qui n’existe pas, en violation des traités et notamment des accords d’Oslo signés par Israël.

    Il est vital pour l’Europe de se réveiller. 

    Justement Arié, comment l’Europe devrait envisager la suite selon vous ?  

    Dans les relations entre Nations, la puissance est la seule assurance-vie qui tienne. 

    Cette réalité, cette urgence de s’adapter à un monde où la guerre redevient la continuation de la politique par d’autres moyens, les Européens se la répètent depuis 2022. Mais quatre ans plus tard, bien trop peu de choses ont changé.

    Bien sûr, tout cela ne signifie pas que le droit international soit inutile. Mais, il ne doit pas servir aux tyrans pour organiser notre impuissance en le retournant contre nous. il reste un instrument de stabilisation, un cadre de règles qui permet la coexistence des États. 

    Mais il ne se substituera jamais à la force dès lors que certains acteurs en refusent les règles. Les incantations juridiques ne freineront ni l’appétit d’un rival, ni la volonté d’une puissance de remodeler ses zones d’intérêt, ni même la détermination d’un État, quel qu’il soit, à agir face à un péril sécuritaire jugé existentiel.

    Alors ne soyons ni naïfs ni cyniques. Le droit international est un instrument précieux, indispensable au commerce, à la coopération et à la prévisibilité des relations internationales. Mais qu’on n’en fasse pas une religion capable de tenir lieu d’État et d’armée. 

    Désormais, pour les démocraties européennes, l’urgence est double : réparer leurs capacités stratégiques et refonder une diplomatie qui sache articuler puissance et légalité. Car le droit ne protège que ceux qui ont la force de le faire respecter.

    Arié Bensemhoun