Donald Trump a confié à l’Égypte, la Turquie et le Qatar, trois États qui disposent des canaux les plus efficaces avec le Hamas, la charge d’amener le mouvement islamiste à procéder à son démantèlement, à son désarmement et à son exclusion de toute gouvernance future à Gaza.
Mais deux mois après sa signature, le plan Trump peine à progresser vers ces objectifs, car son architecture repose sur une contradiction profonde. On demande à des pays qui ont contribué, chacun à leur manière, à la survie, à la légitimation, au renforcement du Hamas et donc à la guerre, de devenir les artisans de sa disparition.
Concernant l’Égypte, officiellement, le président Sissi se pose en adversaire implacable des Frères Musulmans, dont le Hamas est la branche palestinienne. Mais dans la pratique, pour les services égyptiens, le Hamas joue un rôle déterminant en maintenant un minimum d’ordre à Gaza et en empêchant le territoire de basculer dans l’anarchie ou de devenir un foyer pour les groupes salafistes-jihadistes liés à l’État islamique, qui frappent déjà dans le Sinaï.
Une disparition soudaine du Hamas pourrait ouvrir un vide sécuritaire susceptible de menacer directement la frontière égyptienne et de provoquer un afflux massif de réfugiés, ligne rouge absolue pour le régime. À cela s’ajoute également la crainte de voir un Gaza post-Hamas passer sous contrôle israélien ou sous tutelle occidentale. Sissi préfère donc un Hamas à genoux, dépendant de la médiation égyptienne, plutôt qu’un Gaza débarrassé de l’emprise islamiste mais échappant à l’influence du Caire.
Quant à la Turquie, elle avance par ambition hégémonique assumée. Sous Erdoğan, le soutien au Hamas est devenu un instrument central de politique étrangère, un levier permettant de défier l’autorité saoudienne sur le monde sunnite, tout en s’affichant comme champion autoproclamé de la cause palestinienne et de l’hostilité internationale contre Israël.
En y entretenant un foyer de tension permanent à ses portes, la Turquie garantit sa présence dans les négociations régionales et maintient une pression continue sur un État juif qui s’impose toujours davantage comme un rival croissant avec le déclin iranien. Un Israël enfin libéré du conflit palestinien deviendrait une superpuissance régionale capable de projeter son influence en Méditerranée orientale et dans le Caucase, au détriment des intérêts turcs. Pour Erdoğan, il vaut mieux une guerre de basse intensité qu’une « Pax Israeli » qui reléguerait la Turquie au second plan.
Enfin, le Qatar complète ce trio par une duplicité méthodiquement assumée : l’émirat a fondé sa sécurité sur un paradoxe consistant à accueillir la plus grande base militaire américaine de la région, tout en finançant les ennemis de l’Amérique et de ses alliés. Les milliards versés à Gaza sous étiquette humanitaire ont permis au Hamas de construire son réseau de tunnels, d’accroître son arsenal et de préparer la guerre.