Bonjour Arié Bensemhoun, cette semaine, vous souhaitez revenir sur la délégation d’imams européens organisée par ELNET.
Bonjour Eva,
Du 6 au 11 juillet, ELNET, en collaboration avec l’imam Hassen Chalghoumi, a organisé une délégation exceptionnelle d’imams européens en Israël. Treize imams venus de France, des Pays-Bas, d’Italie et du Royaume-Uni ont répondu à l’appel de la conscience et du courage.
Leur venue fut un acte moral, un acte de vérité. Il s’agissait de comprendre, de rencontrer, de voir, de témoigner, de réaffirmer une humanité partagée — loin du contexte actuel, des fractures communautaires, des manipulations idéologiques et des haines instrumentalisées.
Ils ont rencontré le président de l’État d’Israël, des députés, des ministres, mais aussi des rescapés du 7 octobre, des familles endeuillées, les communautés druzes, arabes israéliennes, bédouines. Ils ont visité Jérusalem, Kfar Aza, le site du massacre du festival Nova, la frontière nord, et au sud, le point de passage de Kerem Shalom, par lequel transite l’aide humanitaire vers Gaza.
Partout, ils ont tendu l’oreille à la douleur. Partout, ils ont tendu la main. Et partout, ils ont semé les graines d’une autre voie.
Mais ce geste de paix a aussi déclenché une vague d’hostilité d’une violence inouïe.
Certains ont été interdit de mosquée. D’autres, comme l’imam Chalghoumi, font l’objet de plaintes pour "haute trahison" dans leur pays d’origine, la Tunisie. Désormais, c’est l’institut Al-Azhar, en Égypte — la plus haute autorité sunnite du monde musulman — qui publie une fatwa contre ces imams. Une mise au ban. Un véritable verdict d’infamie.
Arié, en quoi cette déclaration d’al-Ahzar représente un danger pour ces imams ?
Parce qu’elle équivaut à une excommunication. Relayée massivement par des institutions islamiques — notamment celles proches des Frères musulmans, comme le Conseil européen des imams basé à Paris —, cette déclaration d’Al-Azhar revient à déchoir les 13 imams de la délégation de leur qualité de musulmans.
Et c’est une condamnation lourde de conséquences. Car dans l’imaginaire fanatique, une telle fatwa devient un permis de haine. Elle signe la mort sociale, souvent prélude à la mort physique.
Ces hommes ont été désignés comme traîtres : à leur foi, à leur communauté. Interdits de prêcher, bannis de certaines mosquées, menacés, isolés — pour avoir voulu comprendre. Pour avoir choisi le chemin de la paix.
Et cette fatwa n’a rien d’anodin. Elle émane d’une institution puissante, censée incarner la sagesse et la responsabilité spirituelle du monde sunnite. Or, dans une déclaration qui s’impose désormais comme un consensus islamique international officiel et populaire, Al-Azhar reprend le langage des plus extrémistes, parlant de « l’entité sioniste » ou de « territoires occupés », dans un refus obstiné de reconnaître l’existence d’Israël — pourtant lié à l’Égypte par un traité de paix depuis 46 ans.
Et comme si tout cela ne suffisait pas, cette fatwa est intervenue quelques minutes après une rencontre entre le recteur d’Al-Azhar et l’ambassadeur du Qatar — principal soutien du Hamas et parrain régional des Frères musulmans. Cette déclaration est le fruit d’une alliance cynique entre des intérêts rétrogrades et des calculs stratégiques.